Algérie. ll faut cesser de recourir illégalement à la force lors de manifestations pacifiques

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LONDRES, Royaume-Uni, le 10 Mai 2021,-/African Media Agency (AMA)/-Il faut que les forces de sécurité algériennes s’abstiennent d’avoir recours illégalement à la force afin de disperser des personnes qui manifestent pour appeler à un changement politique radical et que les autorités libèrent les plus de 60 militant·e·s du mouvement Hirak qui continuent de languir en prison en raison de leur participation aux manifestations, a déclaré Amnesty International à l’approche des manifestations prévues pour le 7 mai.

Depuis que le Hirak a repris ses manifestations hebdomadaires, en février, après les avoir interrompues pendant près d’un an à cause de la pandémie de COVID-19, les autorités répriment les manifestations à Alger, la capitale, et dans d’autres villes, notamment en dispersant de force des rassemblements pacifiques, en rouant de coups des manifestant·e·s et en procédant à des arrestations collectives.

« La réaction brutale de la police face aux manifestant·e·s courageux qui participent au Hirak illustre pourquoi des personnes de toute l’Algérie demandent une réforme politique. Le recours illégal à la force et les détentions arbitraires sont inacceptables, et les témoignages que nous avons entendus sont extrêmement inquiétants, a déclaré Amna Guellali, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International.

« Il faut que les autorités algériennes permettent les manifestations pacifiques et n’aient pas recours à la force ni à d’autres mesures punitives injustifiées. Toutes les personnes détenues uniquement pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique doivent être libérées immédiatement et sans condition, et toutes les charges retenues contre elles doivent être abandonnées. »Il faut que les autorités algériennes permettent les manifestations pacifiques et n’aient pas recours à la force ni à d’autres mesures punitives injustifiées. Toutes les personnes détenues uniquement pour avoir exercé leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique doivent être libérées immédiatement et sans condition, et toutes les charges retenues contre elles doivent être abandonnées. Amna Guellali, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International

Selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), un groupe local de surveillance, au moins 63 personnes sont actuellement détenues en Algérie pour leurs activités militantes, dont 48 personnes arrêtées depuis février. Lors de deux manifestations récentes, qui ont eu lieu respectivement le 27 et le 30 avril, les autorités ont arrêté 60 manifestant·e·s.

La plupart de ces personnes ont été libérées sans inculpation le jour même. En revanche, les autorités s’appuient sur des lois répressives pour persécuter des dizaines de manifestant·e·s pacifiques en invoquant notamment l’« atteinte à l’unité nationale », l’« atteinte à l’intérêt national », l’« incitation à un rassemblement non armé », l’« outrage à des représentant·e·s de l’état » ou encore l’« outrage au président de la République », comme elles l’avaient fait dès la naissance du Hirak, en février 2019.

Des manifestations pacifiques dispersées par la force

Le 27 avril, une manifestation étudiante organisée dans le centre d’Alger a été dispersée par la police, qui a empêché des personnes de rejoindre le point de rassemblement et a arrêté des dizaines de manifestant·e·s pacifiques.

Hassen Mebtouche a expliqué à Amnesty International qu’il avait défilé avec d’autres personnes jusqu’à la place des Martyrs, lieu de ralliement des manifestations hebdomadaires, dont de nombreux policiers bloquaient l’accès.

Quatre policiers s’étaient alors saisis de lui et l’avaient fait entrer sans ménagement dans un fourgon contenant 10 autres personnes. Emmené au poste de police de Rouiba, il avait été détenu pendant six heures et on lui avait demandé de signer une déclaration par laquelle il s’engageait à ne plus manifester. Un autre manifestant arrêté aussi le 27 avril a signalé que les personnes dans le même cas avaient dû signer des déclarations similaires, les engageant à « ne plus manifester les mardis et vendredis ».

Lors de la manifestation du 30 avril, des policiers ont eu recours illégalement à la force pour disperser la foule à Alger. Trois manifestants ont dit à Amnesty International que des policiers avaient attaqué à la matraque des personnes qui manifestaient pacifiquement afin de les dissuader de se réunir. Le défenseur des droits humains Zaki Hannache a dénoncé son agression par des policiers à proximité de l’université d’Alger. « Trois policiers sont venus nous demander de partir. Je leur ai répondu que je partais et que je n’allais pas me mettre à courir. J’ai quand même été roué de coups de matraque au visage et sur le corps. »

Le journaliste Anis Chelouche a indiqué à Amnesty International que la police lui avait asséné des coups de matraque alors qu’il couvrait les manifestations, ce qui lui avait provoqué des ecchymoses aux bras et aux jambes. Il leur avait montré sa carte de presse mais cela n’avait fait, semble-t-il, qu’accentuer leur colère. Un policier lui a dit de ne publier sur les réseaux sociaux aucune vidéo montrant du sang.

Sur des images alarmantes filmées pendant la manifestation du 30 avril qui circulent en ligne, on voit des policiers battre et traîner à terre des manifestants. Sur l’une des vidéos, un cordon de police avance vers un groupe de manifestant·e·s pour les repousser. Alors que ces personnes n’opposent aucune résistance, la police lance une charge au moyen de matraques, les obligeant à prendre la fuite.

Distribué par African Media Agency (AMA) pour Amnesty International.

Complément d’information

D’importantes manifestations, essentiellement pacifiques, ont eu lieu dans toute l’Algérie le 22 février 2019. Les manifestant·e·s s’étaient initialement mobilisé·e·s contre un cinquième mandat du président de la République de l’époque, Abdelaziz Bouteflika. Ce dernier ayant finalement démissionné, les revendications des manifestant·e·s ont évolué, portant désormais sur « un changement complet du système politique ».

Des élections présidentielles ont été organisées en décembre 2019. Elles ont été remportées par Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika. Après son élection, Abdelmadjid Tebboune a annoncé qu’il était ouvert au dialogue avec le Hirak et a déclaré publiquement que son gouvernement allait consolider la démocratie, l’état de droit et le respect des droits humains. Or, les autorités continuent de réprimer les dissident·e·s, engageant des poursuites judiciaires contre des dizaines de manifestant·e·s pacifiques.

Le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) recensait début février 2021 au moins 2 500 arrestations de manifestant·e·s, journalistes et militant·e·s à qui il était reproché de s’être impliqués pacifiquement dans le mouvement du Hirak. Au moins 350 de ces personnes auraient passé plus d’une semaine en détention.

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