Des villages aux marchés : le Burkina Faso montre la voie pour éliminer le cancer du col de l’utérus

Des villages aux marchés : le Burkina Faso montre la voie pour éliminer le cancer du col de l’utérus

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Genève, Suisse, 04 Février 2026-/African Media Agency(AMA)/- « Quand j’ai entendu le crieur public annoncer que des agents de santé venaient pour le dépistage gratuit, j’ai eu une crainte : si on me disait que j’avais la maladie, comment allais-je me soigner ? Mais j’ai pensé à mes enfants et j’ai décidé d’y aller », confie Awa, 48 ans et mère de six enfants vivant à Ipendo, dans le Centre-Ouest du Burkina Faso.

Comme Awa, des milliers de femmes dans le pays ont longtemps vécu avec cette inquiétude, compte tenu des contraintes d’accès aux services de santé. Leur situation illustre un défi majeur : le cancer du col de l’utérus reste l’un des plus meurtriers chez les femmes dans le pays.

Avant la mise en œuvre de la stratégie mondiale de l’OMS pour accélérer son élimination, la couverture du dépistage était très faible, à moins de 8 %, et les zones rurales étaient particulièrement défavorisées. Les femmes devaient parcourir des dizaines, parfois des centaines de kilomètres pour atteindre un centre équipé, souvent sans moyens financiers pour le transport ou les soins. Les professionnels de santé formés étaient rares, et la sensibilisation quasi inexistante.

Pour lever ces obstacles, le gouvernement burkinabè a pris des mesures audacieuses, comme l’explique le professeur Nayi Zongo, cancérologue, Médecin de santé publique et coordinateur du Programme national de lutte contre le cancer (PNLC). « Le gouvernement a adopté un décret rendant gratuit le dépistage et le traitement des lésions précancéreuses. Il a également équipé certains centres périphériques et introduit des cliniques mobiles pour aller vers les femmes. »

Ces cliniques mobiles sont devenues un symbole d’équité en santé : elles se déplacent jusque dans les villages, les fermes agricoles, les marchés et même dans les cours familiales. Les femmes n’ont plus besoin de quitter leurs activités agricoles ou domestiques pour se faire dépister. « Le dépistage se rapproche des communautés, leur permettant de continuer leurs activités tout en préservant leur santé », souligne le Pr Zongo.

L’initiative burkinabè se démarque par la mise en synergie de plusieurs approches stratégiques : la suppression des barrières financières (la gratuité des soins) et géographiques grâce aux cliniques mobiles ainsi que la mobilisation communautaire. Le pays a également intégré la sensibilisation à travers des spots publicitaires à la télévision et à la radio ainsi que dans des événements populaires comme « Octobre Rose » et créé une coalition nationale contre le cancer regroupant la société civile, les leaders communautaires et les médias pour générer la demande. Cette approche globale a permis de transformer la lutte contre le cancer du col en une cause.

L’appui de l’OMS a été déterminant pour concrétiser cette vision. L’Organisation a fourni un soutien technique pour la mise en place des directives nationales, formé des professionnels de santé à la détection et au traitement des lésions précancéreuses, et accompagné la mobilisation communautaire. « L’OMS a été à nos côtés pour renforcer nos capacités et garantir que chaque femme, où qu’elle vive, puisse bénéficier de ce service vital », souligne le Pr Zongo.

Les résultats sont impressionnants. En une seule année, d’octobre 2024 à septembre 2025, 468 sorties de cliniques mobiles ont été organisées dans plusieurs localités. Ces missions ont permis de sensibiliser près de 2 millions de femmes, de réaliser 106 446 dépistages, d’effectuer 715 traitements pour éliminer les lésions précancéreuses et de conduire 113 examens approfondis pour confirmer les diagnostics. Ces chiffres ne sont pas que des statistiques : ils représentent des vies sauvées et des familles préservées.

Pour l’OMS, cette réussite illustre la force de la collaboration. « Le Burkina Faso montre qu’avec un engagement politique fort et des solutions adaptées au contexte, il est possible de franchir des barrières qui semblaient insurmontables », affirme le Dr Seydou Coulibaly, Représentant de l’OMS au Burkina Faso. Il insiste sur le caractère exemplaire de cette initiative en Afrique : « La suppression des obstacles financiers et géographiques, grâce à la gratuité et aux cliniques mobiles, constitue un modèle inspirant pour d’autres pays. »

Dans les villages, ces efforts se traduisent par des histoires concrètes. Awa, la mère de six enfants, décrit son quotidien. « Nous faisons les travaux champêtres, le jardinage et la vente des légumes au marché. Quand on nous a parlé du dépistage, j’ai eu peur. Mais les témoignages des autres femmes m’ont convaincue. Le jour du test, les agents nous ont expliqué chaque étape. Quand le résultat est revenu négatif, j’ai ressenti un grand soulagement. Aujourd’hui, je conseille à toutes les femmes de se faire dépister. Si on découvre la maladie tôt, le traitement est plus facile », affirme-t-elle avec assurance.

Pour de nombreuses femmes comme Awa, ces cliniques mobiles représentent bien plus qu’un service médical : elles offrent parfois la toute première occasion d’entendre parler du cancer du col de l’utérus, de comprendre les risques et de découvrir qu’il peut être prévenu. Cette première information est une étape décisive, car elle ouvre la voie à la prévention et à la prise en charge.

Au-delà de la santé, cette initiative touche à la dignité, à la justice sociale et à l’avenir des familles. Chaque clinique mobile qui arrive dans un village est porteuse d’un message : la santé est un droit, pas un privilège. Et au Burkina Faso, ce droit devient réalité.

Distribué par African Media Agency (AMA) pour l’Organisation Mondiale de la Santé

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