24 HEURES SUR LE CHEMIN D’OGOSSAGOU

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BAMAKO, Mali, le 30 Septembre 2022 -/African Media Agency(AMA)/- Une base temporaire de la Force de la MINUSMA est nichée depuis plus de deux ans entre les villages d’Ogossagou Peuhl et Dogon, dans la région de Mopti. Occupée par une compagnie de Casques bleus sénégalais, l’objectif de ce dispositif est de maintenir la paix entre les communautés qui, en février 2020 se sont violemment affrontées. Plusieurs centaines de personnes dont une majorité de femmes et d’enfants avaient alors perdu la vie. Depuis octobre 2021 et la signature d’accords locaux entre les deux communautés, le calme est revenu à Ogossagou. La paix et l’entente d’autrefois tentent de s’y réinstaller pour de bon.

En cette fin du mois d’août 2022, le contingent sénégalais de la MINUSMA effectue la relève de ses troupes basées à Sévaré ainsi que de ceux de la base temporaire d’Ogossagou, située près de 200 km plus loin. Une équipe du bureau de l’information publique de la MINUSMA a suivi cet impressionnant mouvement de troupes au service de la paix, jusqu’à ladite base. En voici le récit…

Prêts à partir

30 août 2022. Il est 10h30 au Camp de la MINUSMA à Sévaré. Une compagnie entière se regroupe autour du Colonel Mathieu Diogoye SENE, Commandant le 11ème bataillon sénégalais au sein de la Mission onusienne au Mali. Il s’agit d’un dernier briefing avant le départ pour la base temporaire. Le Colonel SENE ne laisse rien au hasard : le trajet, les consignes de sécurité, le rôle des uns et des autres ainsi que l’objet et les enjeux de la mission. Celle-ci est simple : aller relever la compagnie sortante, sur place depuis plusieurs semaines. « Chacun sait ce qu’il a à faire, je compte donc sur vous pour que cela se passe comme prévu. Allez, on y va ! » lance le Colonel à ses Casques bleus. En ligne, moteurs tournants, une dizaine de véhicules blindés, lourds et légers et plusieurs camions de ravitaillement sont prêts à avaler les 200 kilomètres qui les séparent d’Ogossagou.

L’indispensable vigilance sur la RN 15

11h00. La longue colonne de véhicules blancs frappés du logo « UN » se lance sur la route nationale 15 (RN 15). Parmi les blindés se trouve celui du Colonel TAMIBE des Forces armées tchadiennes et Chef d’Etat major de la Force de la MINUSMA dans cette région. Avec son adjoint le Commandant DOUKA du Niger, ils ont pour mission d’accompagner leurs frères d’armes sur leur lieu de déploiement.

Distants de seulement 174 kilomètres de Sévaré (QG de la MINSMA dans la région), les villages d’Ogossagou n’en restent pas moins difficiles d’accès par voie terrestre. En cause, la situation sécuritaire le long de la RN 15 mais aussi l’enclavement de ces villages. En effet, pour y parvenir, il faut quitter la route bitumée et prendre le chemin de terre devenu boueux après les fortes pluies qui se sont abattues dans cette zone où hivernage est bien entamé.

Axe majeur qui dessert les grandes villes de la région (Bandiagara, Bankass et Koro), la RN 15 est aussi le principal lien qui permet les échanges entre le Mali et son voisin le Burkina Faso. Elle est de fait la cible privilégiée des bandits armés mais aussi des groupes armés terroristes (GAT). Ceux-ci braquent, attaquent et surtout pausent des engins explosifs improvisés qu’ils peuvent déclencher à distance au passage des convois militaires des Forces de défense et de sécurité maliennes et des Casques bleus. Plusieurs dizaines de soldats de la paix issus de contingents différents y ont déjà perdu la vie. Un contexte qui ne laisse guère d’autre choix à la compagnie que d’inspecter le parcours avec minutie.

Détecter la menace explosive

Dotée d’une unité de déminage, équipée de détecteurs d’explosifs et de drones, la compagnie marque de fréquents arrêts. Il est 17h30, en éclaireur, l’unité ouvre la voie à mesure qu’elle vérifie les tronçons. Le convoi progresse au fur et à mesure de ces inspections et s’étale un petit peu plus à chaque redémarrage. Reliés par radio, roulant au pas, les Casques bleus s’informent les uns les autres en permanence. La menace est palpable et chaque voiture, chaque bus, chaque moto qui passe est susceptible de transporter un informateur d’une force hostile, capable d’indiquer la position du convoi et donc de permettre à l’ennemi de préparer une embuscade. Pour les militaires de l’ONU, la concentration est de mise et la vigilance est de rigueur. Casques vissés sur la tête, gilet pare-balle autour du torse, arme en mains, à travers les meurtrières des blindés, les soldats de la paix scrutent les abords de la route, jonchée d’épaves calcinées, dues à des accidents de la route mais aussi à des attaques. L’après-midi s’égrène au rythme du soleil qui décline vers l’ouest, une fois la ville de Bandiagara dépassée, un autre arrêt est marqué aux abords d’un cratère sur le bitume. Les soldats descendent des blindés, se déploient à intervalles réguliers et forment un jalonnement pour sécuriser le convoi immobilisé. Seuls ceux juchés sur les véhicules, les mains sur leurs mitrailleuses restent à bord. Certains des membres de l’unité de déminage font décoller un drone de reconnaissance des kilomètres à venir, tandis que les autres passent le cratère et ses environs au peigne fin. Le sol est jonché de douilles de petits et gros calibres. C’est sûr, une fusillade a eu lieu ici. Entre les traces de récents combats et la beauté du décor, fait d’herbes hautes et de collines verdoyantes au loin, le contraste est saisissant. Dans le sens inverses, véhicules de transport en commun et particuliers ralentissent puis passent, non sans saluer chaleureusement les soldats.  

L’atmosphère se rafraichit et la luminosité baisse, la nuit s’annonce. Les deniers kilomètres de goudrons sont parcourus. La poussière rougeâtre en surface indique que la latérite n’est plus très loin.

À la force du poignet, de la pelle et… du treuil

19h30. La nuit a fait valoir ses droits dans les environs de Bankass, désormais uniquement éclairés par le croissant de lune. Les étoiles disparaissent peu à peu pour faire place aux nuages et à quelques éclairs lointains. La longue colonne de véhicules qui jusque-ici avait pu faire face à la menace explosive, va devoir surmonter un autre obstacle : un sol trempé. Parmi les soldats se trouvent des mécaniciens et chauffeurs aguerris, de véritables pilotes. Toutes ces compétences vont s’avérer cruciales durant les longues heures à venir. Pesant entre 5 et 14 tonnes, les véhicules blindés sont à l’épreuve des balles de gros et petits calibres. Cependant, leur poids peut les handicaper dans la boue.

Le ciel qui était chargé il y a quelques minutes, tient désormais ses promesses. D’un coup des trombes d’eau s’abattent, un premier véhicule blindé lourd s’embourbe. Prévenus par radio, les véhicules de tête s’arrêtent. Le dispositif qui a servi pour sécuriser la détection d’explosifs se met à nouveau en branle. Munis de pelles et de pioches les Casques bleus raclent la boue et l’eau sous les roues du blindé. Il est plus de 20h et les neuf kilomètres qui les séparent de la base d’Ogossagou viennent à peine d’être entrepris. La nuit s’annonce longue.

Comme un seul homme près d’une vingtaine de militaires saute dans la boue, posent leurs mains à l’arrière du véhicule blindé lourd et tentent durant de longues minutes de créer un mouvement de balancier afin d’aider le pilote à sortir l’engin du bourbier dans lequel il se trouve. À la pluie s’ajoute le vent, dont les rafales perturbent la communication entre eux. « Poussez !!! Un, deux, trois : poussez !!! » Une véritable lutte s’engage entre l’homme et la nature pour délivrer la machine. Alors que la pluie redouble d’intensité, le premier blindé piégé retrouve la liberté après deux heures d’efforts. Une centaine de mètres plus loin, le même véhicule à peine délivré tombe à nouveau dans les griffes du sol argileux et meuble. Le découragement est exclu. Le même branlebas de combat est sonné. Les véhicules suivants, forts de l’expérience de leurs devanciers, arrivent à éviter l’embourbement, à l’exception du camion de ravitaillement. Le convoi est alors stoppé à nouveau et bis repetita. Les soldats de la paix redescendent et recommencent avec la même détermination que la fois précédente. Ce combat aux allures de ballets se poursuivra jusqu’au matin. Pour assurer un final des plus heureux, les grands moyens seront déployés. Un camion viendra tracter les véhicules à chaque embourbement. Et ceux-ci auront été nombreux. « Entre hier et aujourd’hui j’ai dépanné et « désembourbé » entre 31 et 32 fois les véhicules, » déclarera plus tard, le Sergent-Chef Adama NDIAYE, mécanicien de la compagnie. Pour cela Adama positionne son camion dans l’axe du véhicule bloqué, active et déroule son treuil. Ses collègues se saisissent du câble. De l’eau jusqu’aux genoux, ils vont aller l’accrocher au blindé. Après avoir vérifié la solidité de l’arrimage, Adama remonte dans sa cabine et le tracte dans un vacarme assourdissant.  

Ce n’est qu’à 11h30, le 31 août, soit 24 heures et 30 minutes après avoir quitté Sévaré, que la compagnie entrera dans la base d’Ogossagou. Ereintés par cette nuit de combat contre les éléments, les soldats de la paix n’en sont pas moins fiers et heureux d’avoir accompli leur devoir.  

Distribué par  African Media Agency pour Minusma.

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